Vous retrouverez sous cette rubrique cent petits textes, un par année, consacrés à la vie des livres et des écrivains, en France, au XXème siècle. Ces textes ont été publiés pour la première fois dans les Agendas de la Pléiade entre 2002 et 2011. Les événements qu’ils mettent en lumière ont certes été choisis en fonction de leur importance, immédiate ou différée, mais aussi, mais surtout, pour le plaisir d’évoquer un livre ou un auteur attachant. Leur republication simultanée ne forme donc pas une histoire littéraire du XXème siècle en cent chapitres : tout au plus une promenade en cent étapes, arbitraires et facultatives.
1901
M. Bergeret à Paris paraît chez Calmann-Lévy le 6 février. Le livre se compose de textes d’abord parus dans la presse, dans L’Écho de Paris pour ce qui deviendra le chapitre I, puis, après que L’Écho eut commencé à soutenir l’antidreyfusisme, dans Le Figaro, entre le 5 juillet 1899 et le 26 septembre 1900. La comparaison entre ces publications «à chaud» et le texte de 1901 témoigne de l’évolution de la pensée de France au fil des événements.
Parution le 15 Mai 2013
1184 pages, Prix de lancement 52.50 € jusqu'au 31 08 2013
Le 19 mars, à la Chambre. La parole est à M. Maurice Barrès, député de la Seine: «Messieurs, on nous demande 35 000 francs pour porter Zola au Panthéon. Je crois que nous n’aurons jamais une meilleure occasion de faire des économies.» Et l’auteur d’Un homme libre d’annoncer qu’il ne parlera pas de l’Affaire Dreyfus, mais s’intéressera à Zola, à ses œuvres et à ses mérites. Une discussion littéraire chez les députés? Ce sont des choses qui arrivaient.
À l’origine, ils sont six, «six personnages en quête d’une revue», dira Auguste Anglès, «biographe» de la revue en question. Ils se nomment André Ruyters, Henri Vangeon (alias Ghéon), Marcel Drouin (qui signe Michel Arnauld), Jacques Copeau, Jean Schlumberger et André Gide, autour duquel tout gravite.
«L’acheminement de la pensée est très lent, mais sûr. L’écriture de Péguy ne trace jamais une ligne; elle tend à couvrir un espace. […] Le style de Péguy est semblable à celui des très anciennes litanies.» Il est «semblable aux cailloux du désert, qui se suivent et se ressemblent, où chacun est pareil à l’autre, mais un tout petit peu différent; d’une différence qui se reprend, se ressaisit, se répète, semble se répéter, s’accentue, s’affirme, et toujours plus nettement; on avance».
16 mars 1910: «J’ai fini L’Otage», écrit Claudel à Gide, avec qui il correspond depuis une dizaine d’années. «Quels sont vos projets au sujet de votre drame? répond Gide. Puis-je espérer que vous voudrez bien le confier à La NRF?» Il s’agit naturellement de la revue, qui est alors dans sa deuxième année.
L’Annonce faite à Marie, mystère en quatre actes et un prologue, est achevé d’imprimer le 7 juin. Claudel a entièrement récrit une œuvre conçue vingt ans plus tôt, La Jeune Fille Violaine. En août, le metteur en scène Lugné-Poe se propose de monter la pièce. Claudel accepte. L’Annonce sera créée au théâtre de l’Œuvre, dans la salle Malakoff. Mais ni Claudel ni Lugné-Poe n’inspirent confiance, et l’on sent comme de l’ironie dans l’annonce de la création par Le Figaro. Au soir de la première, le 21 décembre, l’ironie n’est plus de mise: la pièce a fait l’effet d’une bombe. Du portier du théâtre aux critiques, on est enthousiaste, même si certains déplorent le hiératisme des acteurs et «certaines fioritures lyriques». La presse comparera Claudel à Ibsen, à Shakespeare, à Eschyle…
Le livre porte un achevé d’imprimer du 8 novembre. C’est un fort volume — 524 pages — recouvert de la couverture jaune de Bernard Grasset. Son titre? «À la recherche du temps perdu. / Tome Ier: / Du côté de chez Swann.»