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Choderlos de Laclos

Les Liaisons dangereuses

Édition de Catriona Seth

Parution le 3 Mars 2011
Bibliothèque de la Pléiade, n° 6
Achevé d'imprimer le 24 Janvier 2011
1040 pages, 87 ill., rel. Peau, 105 x 170 mm

50.50 € Acheter le livre

ISBN : 9782070119370
Code distributeur : A11937
GENCOD : 9782070119370

Il y a des livres dont le succès ne surprend personne. Les Liaisons dangereuses, en 1782, n’est pas de ceux-là. L’auteur, un officier d’artillerie, n’a guère de réputation dans le monde des Lettres. Son libraire prévoit un tirage convenable, mais prudent : 2000 exemplaires. Le roman sort en mars. On se l’arrache. On le dénonce, on l’admire, on le dénonce en l’admirant. C’est «le mécanisme même de la scélératesse développée dans tous ses ressorts». Chacun fait des «applications» : de quel libertin réel ce «délicieux infâme» de Valmont est-il le portrait? L’auteur n’est pas épargné : «Parce qu’il a peint des monstres, on veut qu’il en soit un.» Le libraire, lui, ordonne une réimpression. Cela ne fait que commencer.
Il est difficile de cerner les raisons d’un succès. À écouter les premiers lecteurs, celui des Liaisons tiendrait en partie à l’ambiguïté du livre. L’auteur est-il lui-même un Valmont de garnison, ou a-t-il au contraire fait œuvre morale en dénonçant les mauvaises mœurs? Vaine question : Laclos a très habilement décentré la question morale. Et puis, quand on aurait expliqué les motifs du succès, que dire de sa durée? Les livres à la mode se démodent ; pas les Liaisons. Très vite, les héros se mettent à vivre dans l’imaginaire du public. Bientôt, ils montent sur le théâtre. Marie-Antoinette chante Les Adieux de la présidente de Tourvel, romance. Les imitations, suites ou «suppléments» fleurissent. Les rumeurs circulent. On aurait interdit la vente de l’ouvrage. Mais la première condamnation attestée date de 1823 : la Restauration n’a pas apprécié cette peinture de la société d’Ancien Régime. Plus tard, la critique marxiste verra dans le roman le pamphlet politique d’un homme déçu par l’aristocratie.
Des écrivains, Baudelaire, Gide, Suarès, Giraudoux, Malraux, apportent leur pierre à l’édifice. Et des illustrateurs : à chacun sa lecture, du néoclassicisme aux éclairages les plus crus. On continue à s’emparer des héros de Laclos pour leur faire vivre d’autres aventures. Chez Pascal Quignard, Merteuil exilée rencontre Jane Austen. Certaines incarnations font date. Jeanne Moreau est aussi inoubliable au cinéma en 1959 (Les Liaisons dangereuses 1960 de Roger Vadim, dialogues de Roger Vailland) qu’au théâtre en 2007 (Quartett de Heiner Müller, 1982). Il y aura d’autres pièces, d’autres films, d’autres actrices (Glenn Close) regardées par d’autres écrivains (Philippe Sollers), deux cents ans après une Révolution dont l’œuvre de Laclos aurait été l’une des «causes secrètes».
On peut désormais tout savoir des Liaisons sans avoir lu le roman. Mais on peut aussi le lire : après tout, c’est l’un des plus grands livres qui soient. Il est publié ici d’après une édition rare, datée de 1787 et sans doute préparée par Laclos lui-même. Suit un éventail de réactions, de critiques, d’adaptations, de continuations et d’images qui retracent, de 1782 à nos jours, l’extraordinaire destin des Liaisons dangereuses.

La scélératesse sur papier bible

Claude Arnaud, Le Point (28 avril 2011)

«Les Liaisons dangereuses dans une nouvelle édition de la « Pléiade », pleine de bonus.
Laclos a réalisé le rêve de tout ambitieux sensible : il s'est imposé avec un unique livre. Quand les écrivains de carrière accumulent les tomes qui leur retombent dessus dès le tombeau, il a écrit le roman parfait, mille fois imité mais jamais dépassé - la préface de cette édition en « Pléiade » dit tout au sujet de cette innombrable descendance. En créant des archétypes de la perversion, Lados s'est acquis une place enviable dans le maquis de la postérité.»

Le seul livre dangereux

Thierry Clermont, Le Figaro littéraire (24 mars 2011)

«Ce grand classique fait aujourd'hui l'objet d'une nouvelle édition dans la « Bibliotheque de la Pléiade», riche de nouvelles notes et de nombreux documents iconographiques remontant jusqu'au XVIIIe siecle, sans oublier les contributions passées de Gide, Malraux, Vailland, Sollers, sur « le danger des liaisons », premier titre du roman...»

Une parfaite perfidie

Cécile Guilbert, Le Monde des Livres (4 mars 2011)

«Entre l'abbé Royou, qui signe le premier compte-rendu, et Hervé Le Tellier, qui s'est amusé à scander les principales lettres en brèves "cartes postales", toute la fortune des Liaisons dangereuses défile, aussi étendue que polymorphe, de 1782 à 2005. Composé pour partie d'articles critiques, de notes et d'exégèses ; traversé d'illustrations de tous styles et talents confondus, de photos noir et blanc et couleur ; il englobe aussi des extraits d'adaptations théâtrales (Christopher Hampton, Quartett, d'Heiner Müller), de scripts (ceux des films de Roger Vadim et Stephen Frears), de romans récents fonctionnant sur le mode du pastiche ou inspirés par une suite possible des Liaisons (Hella Hasse ou Pascal Quignard). Une corne d'abondance aussi symptomatique que discutable ? Bien sûr. D'où son immense intérêt.»

Dangereux Laclos

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur (3 mars 2011)

«Comment cet homme, bon fils, bon père, excellent époux, a-t-il pu être l'auteur d'un livre aussi sulfureux ? Baudelaire, à la fin de sa vie, envisage une préface aux Liaisons. On a conservé ses notes. "La Révolution, dit-il, a été faite par des voluptueux." Faut-il comprendre qu'elle a été punie (et continue de l'être) par des puritains ? Tout l'indique, et il est d'autant plus étrange qu'on connaisse un projet de Laclos, non réalisé, qui se serait appelé Les Liaisons heureuses, charge de démontrer qu'il n'y a de vrai bonheur qu'en famille. Connaissance du Mal, connaissance du Bien. Pas de connaissance du Mal ? Pas de vrai Bien. L'auteur des Fleurs du mal ne s'y trompe pas. "Ce livre, s'il brûle, ne peut brûler qu'à la manière de la glace."»